Publication d’un article à l’invitation de la revue Arpentage, 2 dont le second numéro est paru en février 2015.

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[extrait]

Où va se poser l’œil ?

Un tour de Paris – une marche en suivant l’A86

Les frontières successives de Paris sont, depuis toujours, matérialisées par différents types d’enceintes concentriques, chacune étendant un peu plus sa superficie. La dernière en date est le boulevard périphérique achevé en 1973.

À quelques kilomètres de celui-ci, l’A86, autoroute annulaire de 79 km de long, encercle à son tour Paris et une partie des départements de la petite couronne en reliant leur préfecture et sous-préfecture.

Alors que sont en gestation les propositions qui feront le Grand Paris, ville-monde, augmentant une fois encore la superficie de la capitale, jusqu’à absorber ses départements limitrophes, j’ai décidé d’explorer cette frontière autoroutière à pied.

Entre avril 2012 et mars 2014, accompagné de S., nous avons parcouru en 18 marches, 160 km en suivant le tracé de l’A86.

Voyage en bordure.

 

Marche 16.
1er mars 2014.
Orly – Vitry-sur-Seine, 9 km.

 

Samedi matin, nous partons avec S. de Bagnolet pour rejoindre la gare du RER C, Pont de Rungis – Aéroport d’Orly.
C’est une petite gare étrange, posée là sur une dalle recouverte d’un enrobé noir, perchée sur d’immenses pilotis au dessus des rails, au milieu de rien et pas du tout aux pieds de l’aéroport qu’elle annonce desservir – il faut encore prendre un bus pour s’y rendre.
La dernière fois je voulais la prendre en photo, la lumière était belle, mais deux femmes étaient posées au milieu de mon cadre et je ne l’ai pas fait.
Aujourd’hui le ciel est gris, chargé, il pleut même un peu.
Pas de lumière, c’est raté pour la photo.

[…]

Pour essayer de rejoindre l’A86 nous devons traverser le cimetière dont l’entrée se trouve plus au nord, avenue du Luxembourg.
Ici pas de trottoir, une voie de bus serre au plus près le cimetière.
Nous nous retrouvons, en face, à arpenter les voies d’accès au centre commercial. Zone anti-piétons.

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Passé le rond-point des Halles qui file vers le marché de Rungis à l’ouest, nous longeons un groupe de petits immeubles qui regardent le cimetière.

À travers la maigre haie plantée en bordure des parkings, nous découvrons que le sol est littéralement recouvert d’une matière noire et visqueuse où se perdent des pièces de voitures indéterminées et autres débris, comme pris dans les restes gluants d’une marée noire.
C’est un endroit qui sert d’atelier, en plein air, pour réparer les voitures.
En levant la tête vers les immeubles, nous nous apercevons qu’ils sont dans un état déplorable. Stupéfaction.

[…]

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Devant nous, une haute butte enveloppée de végétation, certainement née d’un remblais, surplombe l’autoroute et rompt la monotonie du paysage.

Il semble que l’on puisse la gravir. Nous nous lançons à l’assaut de ce promontoire.

Le chemin en colimaçon qui mène au sommet, cerné de hauts et épais arbustes, est envahit d’une mousse glissante d’un vert vif.
Cet endroit est mystérieux et très silencieux, malgré sa proximité avec l’autoroute.
Nous nous demandons ce que nous allons découvrir en continuant notre ascension.
Nous tournons autour de la butte et atteignons le sommet.
S’y déploie, sur une quinzaine de mètres, une vaste dalle de béton ovale, entourée d’un muret bas, qui offre une vue à 360 degrés sur les alentours.

L’A86 coule en contrebas sur un axe sud/nord-est. Plus loin à l’ouest, la vaste étendue du cimetière parisien de Thiais. Vers l’est un paysage relativement plat s’étend à perte de vue.

Nous redescendons de l’étrange monticule et prenons la direction du nord par le Passage de la Piscine, bordé de haies arides, derrière lesquelles on aperçoit un lotissement de curieuses petites habitations qui font penser à de fragiles cabanes de pêcheurs.

Nous débouchons rue de la Saussaie qui enjambe l’A86 par un pont surmonté de parois anti-bruit ternes et usées.

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[…]

Rue du Bel air à Vitry-sur-Seine, nous sommes à quelques dizaines de mètres de la gare du RER C Les Ardoines.
Au loin, dominant les habitations, les deux immenses cheminées de l’usine EDF qui se trouve en bord de Seine et que je voyais quand j’étais enfant, depuis l’autre rive à Alfortville.
Le train arrive dix minutes plus tard.
Comme à chaque fois nous sommes fatigués et heureux de rentrer.

 

Des informations sur la revue : site internet de Scènes Obliques qui publie la revue – tous les numéros de la revue Arpentages

 

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